enfances

Enfant ce mot vient du latin Infans

qui signifie celui qui ne parle pas.

J’ouvre cette page Enfances pour accueillir toute création, commentaire ou réflexion sur l’enfance. J’entame cette page avec deux recueils que tout oppose. Enfances évoque un côté sombre, alors que Petits poèmes vit à la lumière de l’amour. L’amour des enfants qui nous paraît d’évidence, malheureusement peut porter la perversion, la violence. Faire écho de ces deux faces me paraît important, à titre personnel et communautaire. Car notre code pénal, notre Église, notre société civile, font encore trop peu de cas des droits des enfants et de leur protection face aux prédateurs.

Aure


enfances I

certains êtres

font de l’enfance

de la vie

une absence de territoire

une angoisse absolue

une perte de soi

une impossibilité d’être confiant

une impossibilité de s’aimer

d’aimer

une peur de l’intimité

de soi à soi

de soi à l’autre

 

en pénétrant l’intimité physique

d’une petite fille

d’un petit garçon

en violant son intimité psychique

en intimant le silence

en distillant des injonctions

ils arrachent l’envie de vivre

ils secouent un corps

qui ne s’appartiendra plus jamais

ils créent un dommage irréparable

l’enfant est pulvérisé en sa chair

en son être

en sa parole

 

il érige alors une forteresse

de silence

de terreurs

de protections

de gestes ou pensées totems

autour de sa brisure

 

rien

 

rien

ne pourra guérir cela

l’adulte apprendra seulement

à vivre avec cette brisure d’enfant

qui un jour se rappellera à lui

et le fera se retrouver

face à la vérité insupportable

la thérapie et le temps assoupliront

la cuirasse

mais la forteresse restera

invisible aux yeux des autres

cernant

la blessure

d’être

Aure

Enfances

©Aure 05 & 07/2018

Portrait d'Ellen Mary Cassatt par Mary Cassatt
Portrait d’Ellen-Mary Cassatt par Mary Cassatt

D’autres voix, d’autres textes sont à venir. Nous devons tous réfléchir à cette lèpre que notre société évite de regarder en face : la pédophilie et les violences faites aux enfants. Heureusement les associations prennent le relais pour accueillir, aider les victimes mineures et tenter de faire progresser la législation. Nombre de ministres se sont cassés les dents en proposant des modifications, quant aux droits des victimes des pédocriminels, dans le code pénal français. Une inertie inacceptable pour les victimes. Quant aux pédophiles, leur prise en charge thérapeutique est insuffisante ou chaotique, ainsi que leur accompagnement au sortir de prison. Il faudrait plus de moyens, plus de thérapeutes, mais l’heure est aux économies…

 

Chaque être a sa blessure : elle est enfouie souvent, au plus profond des paysages d’enfance. Il y a ceux qui la taisent toute leur vie. Il y a ceux qui choisissent de la mettre au grand jour, comme on ouvre toutes les portes et toutes les fenêtres de sa maison, pour qu’y souffle le vent.

Cette brisure, il faut trouver les mots pour la dire : dans le recueil Enfances, c’est un cri qui vient de loin. Quand le sens nous en parvient, il percute, il frappe, par son rythme rapide, sa brièveté, comme une balle l’obstacle qui est visé. Ce texte montre bien qu’au-delà de l’enfant blessé, c’est la loi française tout entière qui est remise en cause, derrière le paravent inacceptable de la prescription. Le mal peut n’être qu’une ombre ou un acte qui vous déchire de part en part, il est. Il faut alors d’immenses quantités d’amour et une obstination dans la quête, pour retraverser sa vie, affronter son regard de Méduse et marcher résolument vers Soi.

Michel Conrad

©Michel Conrad 2018

michelconrad2


Se prémunir contre tout bavardage
contre tout lieu commun
contre toute paresse cérébrale

œuvre-chair
œuvre-sang

Aure a écrit le poème
de ce qui ne peut être écrit
a dit le poème
de ce qui ne peut être dit

langue coupée
candide larynx dilacéré

L’œuvre m’apparaît comme le graduel dépassement
la progressive guérison
de l’étymologie de son titre

Enfances

le mot « infans »
celui ou celle qui est privé /e de la parole

toute communication est empêchée
dès le troisième vers de « J’avais oublié » :

deux mains énormes
une sur la bouche

Puis :

tais-toi
tais-to
i

cris mangés par la main
sang dans la bouche
sanglots étouffés

Dans « Infirmerie » :

leur silence
mon silence

Dans « Où ? » :

(… )

de ce que je tais
que je ne sais
nommer

cette omniprésence
cette ubiquité
de l’expression entravée
jusqu’à l’aphasie

du bâillonnement de chair violente
de compassion annihilée
et de pestilence

faut-il inventer un langage nouveau ?

ton anamour
mes jambes accordéonnent

Est donné alors
manière de grâce
ce besoin irrépressible
de se faire patiente exploratrice du lexique

le livre qui n’exclut rien
qui ne retient rien

le contraire du bourreau
l’éreintement de l’inespoir

germination de la poète…

pour commencer à définir

chercher les mots
qui savent muer la meurtrissure
en voyelles
en syllabes

Vi-ol
Pé-do-phi-lie

les laisser d’abord un long moment
à leur seule musique artérielle

alors
je murmure les deux mots
découverts
je peux nommer
enfin
je mords ma main

la parole est devenue la main qui écrit
aussi bien que le poing de survivance

infans
a recouvré la parole
les sonorités qui démythifient le démon
qui l’attachent à son crime humain
ainsi qu’à sa déviance de sang

infans
a renoué avec son fatum
s’est réconcilié avec la fable qui ira l’accomplissant

nulle rhétorique
nul discours

une sobriété exemplaire
orientale

les vers les plus bruts
les plus véraces
les plus concis qui soient

gouttes de convalescence
de lucidité
instillées

Loup de Lune

©Loup de lune 2018

Loup-de-Lune


VIOL S

VIOL de l’ENFANCE,

VIOL de la FAMILLE,

VIOL de l’ALTER EGO,

VIOL DU SENS,

VIOL DES SENS,

VIOL de la PENSÉE,

VIOL de la PAROLE,

VIOL de la CONFIANCE,

VIOL de la RE-CONNAISSANCE,

VIOL de la LIBERTÉ,

VIOL de l’A-VENIR,

VIOL de la CONCORDANCE des TEMPS,

entre RÉALITÉ et SIDÉRATION,

entre INSOUPÇONNÉ et INSOUPÇONNABLE,

entre CRI et CHUCHOTEMENT,

entre NON-DIT et IMPENSÉ,

entre RÉCLUSION INTÉRIEURE et SURDITÉ ALENTOURS,

entre CAUCHEMAR et SURVIE,

entre PASSÉ SIMPLE et IMPARFAIT,

entre SOI et la VIE…

VIOL, VIOL.

© Françoise Bonnard-Martinon 2018


Infos utiles :

le 119

http://www.allo119.gouv.fr/

www.lavoixdelenfant.org

https://enfance-et-partage.org

http://www.enfantbleu.org

www.laparoleliberee.fr

 


Les pâtés de sable 1882 - Berthe Morisot
Les pâtés de sable – 1882 – Berthe Morisot

enfances II

l’enfance

est aussi

un territoire

de libellules

de nuages

d’histoires

d’émotions

de douceur

d’éducation

de croissance

 

la majorité des enfants

grandissent

aimés et respectés

avec des limites

et de grandes libertés

avec des joies

et des contrariétés

bref

ce sont des enfants

épanouis

 

ce recueil est dédié

à deux d’entre eux

que j’ai la joie de côtoyer

avec toute ma tendresse

 

Aure

Petits Poèmes pour Mathys & Alice

©Aure 04 & 07/2018


sieste

Jonchée

d’aube

sur ton visage

miel songe

ombres cils

lèvres

framboisées

potelé du rêve

doudou

sur ta joue

fertile

baisers

amoncelés

Pour Alice

Le berceau - 1872 - Berthe Morisot
Le berceau – 1872 – Berthe Morisot

©Aure 10/2017 & 07/2018

En cours  / In progress…

.

 

 

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